L'ÈRE BALNÉAIRE À LA ROCHELLE-LES-BAINS

 

Lors de l’exposition "La Rochelle-les-Bains, 1826-1914" au musée d'Orbigny-Bernon en octobre 2011, le visiteur a pu admirer Marie-Thérèse, duchesse d'Angoulême, dernière dauphine de France, peinte par Robert Lefèvre, peintre officiel de la famille impériale.  Mais, que fait-elle là à accueillir le visiteur à "La  Rochelle-les-Bains" ? La réponse se trouve dans sa main droite. Marie-Thérèse tient un opuscule intitulé, "Bains Marie-Thérèse. À La Rochelle, 1827".

Ce portrait, dont elle fit don à la ville, fut accroché dans le salon d'honneur du premier établissement de bains construit à La Rochelle. Ouvert le 10 juin 1827, entre la promenade du Mail et la mer, le bâtiment à l'architecture néo-classique est baptisé "Bains Marie-Thérèse".

Suivant l’exemple de Dieppe, La  Rochelle est la première ville de la façade atlantique à s'intéresser aux bains de mer. En ces premières années du XIXe siècle, l'accès à la plage n'est pas encore familier et l'usage du bain est encore thérapeutique. Les Anglais sont les premiers à en avoir découvert les vertus.

Fort de ces nouveautés et décidé à relancer des activités qui sommeillaient dans un contexte économique ralenti depuis la Révolution, un groupe de bourgeois rochelais (dont Etienne Charruyer, père d’Adèle dont le legs à la ville a permis la création du Parc Charruyer) fonde en 1826 les Bains Marie-Thérèse, du nom et sous le patronage de la duchesse d'Angoulême. Le vaste bâtiment, comprenant salons et pavillons pour chaque sexe avec cabinets de bain et salles de repos, est établi entre la promenade du Mail et la falaise. L'accès à la mer se fait par des rampes menant aux cabines de bain et à la "plage" dallée de granit. Là, les hommes et les femmes sont séparés et un rideau tendu en travers préserve les dames des regards indiscrets. Surtout fréquenté par la population locale, l'établissement tient plus de lieu de fêtes et convivialité rochelaise que d'espace thérapeutique.

"Bains de lame"

En fait, le soutien de Marie-Thérèse resta purement théorique et, contrairement à ce qui se produisit à Dieppe grâce à la duchesse de Berry, qui en était une habituée, jamais l'aristocratie ne fréquenta La Rochelle. N'importe. La ville disposait d'un splendide établissement, avec cabines de bains chauds (alimentés en eau de mer), douches, salons de repos, soins thérapeutiques sous la surveillance d'un médecin. En outre, aux pieds des Bains Marie-Thérèse, la mer berçait déjà les amateurs de "bains de lame" qui revêtaient leur tenue de bain dans les tentes prévues à cet effet. L'ère balnéaire venait de commencer.

Mais les Rochelais du XIXe siècle n'affrontaient pas toujours l'élément marin en costume du même nom. En témoigne l'arrêté municipal de l'été 1816, qui interdit de se baigner nu dans le port et le bassin. Ces contrevenants encourent des amendes et une peine de prison d'un mois à un an.

Les établissements de bain se multiplient

A partir de 1827, les établissements de bains se multiplient. Les formules se cherchent et de nouveaux programmes architecturaux accompagnent ces nouvelles pratiques à l'anglaise pour l'usage des élites. Les premières stations estivales s'articulent autour des établissements de bains dont le programme évolue rapidement : les soins thérapeutiques allient les bains chauds pris en baignoire (à la mode thermale) et les différentes pratiques de bains à la lame, dans la mer. Le bain froid s'effectue en pleine mer ou dans des piscines aménagées, semi-ouvertes. Les établissements de bains sont également dotés de nombreuses fonctions liées à la sociabilité et aux loisirs. Ils se rapprochent ainsi de la typologie des casinos, et peuvent même faire fonction parfois d'hôtel, comme dans les bains Jaguenaud.

Construits vers 1850, les Bains Jaguenaud (appelés par la suite Bains Richelieu), plutôt chic et aux "prix très modérés" (comme dit l’affiche), accueillent baigneurs et curistes et offrent au public de plus en plus de loisirs (jeux, concerts, bals) en s'entourant de vastes jardins très appréciés. Il y a un train direct de Paris, "trajet en 12 heures", et "l’omnibus de  l’Établissement est à la disposition des baigneurs à leur arrivée en chemin de fer". Les pratiques commerciales et touristiques que nous connaissons aujourd’hui sont déjà bien en place.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A proximité du Mail, les Bains Louise, en revanche, ouvrent leurs portes aux femmes de la classe ouvrière en 1870 et un établissement plus modeste, les Bains Guillemet, existait déjà depuis 1860, en pleine ville, rue Fleuriau.

 

La fin d’une ère

Aujourd’hui, tous ont disparu. Les Bains Richelieu ont disparu en 1897. Les bains Marie-Thérèse sont rachetés par la ville en 1902 qui y apporte diverses améliorations comme la construction d'une salle de spectacle. Entre-temps, l'usage du bain de mer s'est modifié et le plaisir de la baignade popularisé. Pour y faire face, La  Rochelle n'a qu'une plage très modeste dite de La Concurrence en référence aux Bains Marie-Thérèse.

En 1907, la ville y entreprend des travaux conséquents. Elle agrandit la plage, installe des cabines neuves et fait construire un café, la Pergola. Une vaste jetée promenade s’ouvre désormais jusqu'au casino du Mail, attirant à la belle saison des centaines de personnes y compris celles de l'intérieur de la région venant passer un dimanche à la mer par les "trains de plaisir".

 

"Pourtant, La  Rochelle n'a jamais réuni tous les ingrédients indispensables à la réussite de sa station balnéaire. Mais cette expérience fut aussi le point de départ du développement d'une autre politique touristique tournée vers le patrimonial et l'événementiel.  Parallèlement, tout en s'agrandissant à l'ouest, la ville a réussi à éviter les tentatives de spéculations, limitant l'implantation de luxueux établissements sur le front de mer et le Mail en conservant un littoral paysager qui en fait aujourd'hui sa particularité et contribue à son charme"1.

 

 

 

 

 

 

Sources :

1Sud-Ouest, article de Christiane Poulin, août 2011

L’hebdo du Charente-Maritime, septembre 2011

Les Archives municipales

Gallica.bnf.fr