LA RUE GEORGES ÉMONIN

 

Hommage à un des héros ordinaires de la Deuxième Guerre mondiale.  

 

A l’époque la rue s’appelait la rue de Béarn et les Émonin y habitaient.

Georges Émonin, sa femme Marceline, tout comme Léonce Vieljeux, Franck Delmas et d’autres rochelais encore, faisaient partie du puissant réseau de résistants Alliance fondé par Georges Loustanau-Lacau, Léon Faye et Marie-Madeleine Fourcade ("Hérisson") dès le début de l’Occupation. Alliance était l'un des plus actifs réseaux de renseignement de la Résistance, et comptait jusqu'à 3 000 membres, 100 postes émetteurs, et 1 liaison aérienne tous les mois avec Londres. C’était le plus important des réseaux dépendant de l'Intelligence Service britannique (IS) sur le territoire français.  D’abord implanté en zone sud, le réseau s'est étendu dans les zones occupées et interdites à partir de 1942.

Georges Émonin ("Cariama") était un radioélectricien.

 

À partir de septembre 1942, le réseau Alliance, qui disposait de plus d'une centaine de membres dans la ville, transmettait à Londres tous les mouvements du port de La Pallice.

 

Vers la fin de 1942, les autorités allemandes commençaient à faire le lien entre de nombreuses affaires d’espionnage découvertes en des points très divers du territoire français  et ont compris que ces liens touchaient le réseau Alliance. L’Abwehrstelle (AST), ou le service de contre-espionnage de la Wehrmacht, s’est chargé de mettre fin aux agissements du réseau.

 

Au début du mois d'août 1943, les Anglais demandent au réseau de leur fournir des cartes très précises du littoral et des défenses allemandes. Les différents groupes du réseau vont se mobiliser afin de réaliser une carte gigantesque par ses dimensions et sa minutie.

A l'automne 1943, des arrestations de résistants un peu partout et particulièrement le long de la côte atlantique portent de graves contrecoups au réseau Alliance. Mais le travail de renseignement continue. A la fin de l'hiver 1943-1944, une carte de plusieurs mètres de long est remise à Marie-Madelaine Fourcade.

Alliance se chargera du renseignement sur les sous-marins pour la bataille de l'Atlantique, transmet les informations sur les nouvelles armes mises au point par l'Allemagne, et arrive à communiquer à Londres les emplacements des bases de lancement. Mais en 1943, la pénétration d'un agent du poste Abwehr de Dijon provoque l'effondrement du réseau, alors que Marie-Madeleine Foucade ("Hérisson") est à Londres.

Début 1944, il ne reste plus que 80 agents actifs. A partir du mois de janvier Les arrestations tombent sur La Rochelle : Léonce Vieljeux, Franck Delmas, Georges Émonin, Jacques Chaperon, Franck Gardes, François Gravot et Yann Roullet sont arrêtés. Le 29 avril, Georges, Marceline, leur fils Max, âgé de 17 ans, et les autres membres du réseau sont dirigés vers Strasbourg puis transférés par camion à Schirmeck, "un camp de redressement initialement destiné aux Alsaciens et Mosellans réfractaires au régime nazi. Mais il reçoit en fait des prisonniers d'un peu partout, au hasard des sorts individuels, de l'évolution des lois répressives et de l'arbitraire nazi".  

 

Tous les hommes, sauf Max, sont enfermés au block 10 (le block des "terroristes du réseau Alliance") et marqués avec les lettres "NN" (Nacht und Nebel - Nuit et Brouillard – donc destinés à être exterminés sans laisser de trace).  "Ils portent des vêtements provenant du vestiaire des disparus, barrés de larges coups de pinceaux (croix dans le dos, traits sur les manches et les pantalons) avec les lettres NNpeintes en rouge dans le dos afin de bien les identifier et les surveiller".

Les femmes, quant à elles, également désignées NN se trouvent au "garage", bâtiment qui servait à l’origine de remise pour les voitures.

Max restera à Schirmeck jusqu’au 21 décembre puis il sera dirigé sur Dachau ensuite transféré à Sachsenhausen le 18 janvier 1945 et enfin admis à l’hôpital de Weilburg où son oncle le retrouve gravement blessé au mois de juin 1945.

"Les hommes aussi bien que les femmes n’ont pas le droit de sortir de leurs quartiers, ne peuvent entrer en relation avec aucun des autres détenus (qui eux, quand ils ne sont pas au travail, ont l’autorisation de circuler à l’intérieur du camp), et ne peuvent recevoir ni lettre, ni colis. Leur présence doit être gardée secrète". Ils sont déjà plongés dans la nuit et le brouillard.

En tout, 108 membres du réseau Alliance se trouvent emprisonnés au camp de Schirmeck.

Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, une camionnette amène 107 détenus du réseau, par petit groupe, au camp de concentration de Natzwiller-Struthof, le seul sur le territoire français, situé à 6 km de Schirmeck. Tous, hommes et femmes, sont exécutés d’une balle dans la nuque et leurs cadavres brûlés ensuite dans le four crématoire. Un témoin va subsister, le docteur Lacapère du réseau du Lavandou : isolé, gardé à Schirmeck comme médecin du camp, il voit ses amis partir.

 

Photo trouvée parmi  les  dossiers des Allemands à avoir survécu

                              à la destruction lors de l’abandon du camp fin 1944.

Sources :

Google: L'organisation du réseau Alliance, et le Mémorial des Déportés de France - FMD - Paris; Editions Tirésias

Le Mémorial de l’Alliance édité par l’Association du réseau Alliance

L’Arche de Noé, Marie-Madeleine Fourcade, Fayard, 1968