LA BELLE MYSTÉRIEUSE DE LA RUE BOIS l’ÉPINE

 

Ce serait à la ferme de l'Épine où est décédée Norma Tessum Onda

Drôle de nom pour une jeune femme. Drôle de destin aussi pour cette jeune femme morte à 21 ans d'une phtisie alors qu'elle vivait dans la petite rue du Bois l'Épine. L’imposante stèle à l'entrée du cimetière de Saint-Maurice a longtemps fait croire aux historiens qu'il s'agissait de la fille cachée de George Sand et d'Alfred de Musset. Il faut dire que la tombe jetait  le trouble. Non seulement elle ressemble étrangement à celle d'Alfred de Musset, au Père Lachaise, mais Norma Tessum Onda ne serait autre que l'anagramme de Roman, Musset et (à une lettre près) Sand. Il n'en fallut pas plus pour alimenter la légende. C'est un chroniqueur, Aurélien Scholl, de "l'Écho Rochelais" du 19 avril 1882 qui a entretenu cette légende de l'enfant naturel du poète et de l'écrivain.

L'histoire est si belle, si romantique. Mais totalement fausse.

Norma Tessum Onda s'appelait en fait Joséphine-Marie Ménard, une mystérieuse jeune femme, d’une éblouissante beauté, enlevée à la vie dans la fleur de l’âge. Originaire d'un petit village du Maine-et-Loire, elle fut confiée à l'âge de 8 ans à Françoise Coras,  une dame alors âgée de 64 ans. Il semble que Françoise fut une aventurière, sorte de demi-mondaine vivant dans l’aisance. En 1869 les deux femmes s’installent à Paris et c’est dans ce Paris agité de la fin de l’Empire qu’elles se font des relations  dans les milieux littéraires et que Joséphine pose pour quelques peintres dont Charles Louis Muller (portrait ci-contre).

 

Quand Joséphine-Marie tomba malade en 1874, Françoise partit s'installer avec elle à La Rochelle, où la jeune femme mourut. Et c'est Françoise Coras qui commanda la stèle ressemblant à celle de Musset et y fit inscrire cette mystérieuse anagramme qui a donné naissance à la légende.  Elle a fait en sorte que repose désormais, sous la dalle tombale, "une fille de haute naissance". La tutrice mourut à l'hospice des Petites Sœurs des Pauvres à Tasdon en 1881.

 

 

Après son décès, on découvrit un grand nombre d'objets ayant appartenu à Joséphine, dont des livres d'Alfred de Musset dédicacés "À ma fille bien aimée", "À ma chère petite Norma". D'authentiques faux en écriture dont on ne saura jamais s'ils provenaient de la plume de Joséphine-Marie qui avait rencontré Paul, le frère de Musset, ou bien de Françoise.

 

Sources :

 

"L'Actualité Poitou-Charentes" du 5 avril 2004, article de Jean-Jacques Salgon.

genese.over-blog.com

balades-larochelle.fr

LA RUE BOUGUEREAU

 

 

 

 

 

William Bouguereau, fils d'un négociant en vins de Bordeaux, né le 30 novembre 1825 à La Rochelle où il est mort le 19 août 1905, est un peintre français représentatif de la peinture académique.

Il apprend le dessin à l'école municipale de dessins et de peintures de Bordeaux. En 1846, il entre aux Beaux-Arts de Paris et remporte le second prix de Rome ex aequo avec Gustave Boulanger en 1848. En 1850, il remporte le Premier Prix.

En 1866, le célèbre marchand de tableaux Paul Durand-Ruel (celui qui à partir des années 1870 reconnaît le potentiel artistique et commercial des impressionnistes) s'occupe de sa carrière et permet à l'artiste de vendre plusieurs toiles à des clients privés. Il a ainsi énormément de succès auprès des acheteurs américains, au point qu'en 1878lors de la première

 

 

 

 

 Professeur en 1888 à l'École des Beaux-Arts de Paris et à l’Académie Julian, ses peintures de genre, réalistes ou sur des thèmes mythologiques sont exposées annuelle-ment au Salon de Paris pendant toute la durée de sa carrière. Il travaille aussi à de grands travaux de décoration, notamment pour l'hôtel de Jean-François Bartholoni, le plafond du Grand-Théâtre de Bordeaux et la coupole de la chapelle de la Vierge de la cathédrale Saint Louis de La Rochelle.

rétrospective de sa peinture pour l'exposition internationale de Paris, l'État ne peut rassembler que

À côté du décorateur il conviendrait aussi de remettre en valeur le portraitiste, et surtout le dessinateur, capable de multiplier les croquis les plus vivants aussi bien que les belles feuilles au trait pur.

 

 

Il est intéressant de noter que Bouguereau a été assez actif à soutenir la cause des femmes et à faciliter et démocratiser leur entrée dans les institutions artistiques de l’époque, en particulier l’Académie française.

Bouguereau meurt en 1905 à La Rochelle.

 

(Une grande feuille de Bouguereau achetée en avril 2013, lors de la vente Christie's à Paris par le Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. L'œuvre prépare la figure d'Hercule pour le plafond du foyer du grand théâtre de Bordeaux. C'est en 1865 que la ville passe cette commande à Bouguereau qui l'acheva en 1869.)

 

 

Entre toutes ses peintures, l’essentiel de son œuvre représente des figures de femmes ou d’enfants. C’est avec ce genre qu'il connaîtra le plus de succès mais rencontrera aussi le plus de critiques à cause de la texture lisse et minutieuse de sa peinture. "C’est un art probe, à la fois sensuel et dénué d’émotion". Il a été critiqué par ses contemporains (Zola en particulier) et par les artistes du début du XXème siècle aussi. Cet acharnement contre Bouguereau retombe dans les années 1960 quand Dali manifeste son admiration pour son œuvre. Pourtant, ce n'était pas seulement l'un des meilleurs peintres de l'anatomie humaine mais il était aussi l'un des artistes les plus admirés, les plus écoutés et enviés de la fin du dix-neuvième siècle. Son œuvre peint ne contiendrait pas moins de 822 toiles, dont beaucoup se trouvent aujourd'hui en Amérique.

 


"Dans le contexte du XX siècle, où l'influence du modernisme grandit en histoire de l'art pour en devenir finalement le courant officiel, l'art académique se trouva discrédité, dévalué, sévèrement critiqué par une pensée moderniste favorable à l'art d'avant-garde et mis à l'index". Les artistes académiques comme Bouguereau connurent alors une dévaluation très significative. Pendant des décennies, le nom du peintre a même fréquemment disparu des encyclopédies généralistes et des enseignements artistiques ou fut simplement mentionné comme celui d'un exemple à ne pas suivre.

 

 

Sa pâte "bouguereautée" sans touche apparente, son application dans le détail, en font un représentant typique de ce que l'on nomme "art académique". C'est-à-dire "la forme d'art qui s'appuie sur la mise en œuvre de techniques apprises, où le dessin tient une grande place, le tout au service de sujets à prédominance mythologique et historique mais qui ne dérangent en rien les habitudes du public. Le rendu lisse, signe d'un métier contrôlé et soigné, associe la peinture de Bouguereau au ‘léché’, témoin de fadeur et de laborieux dont il en devient le symbole".

 

 

L'exposition Bouguereau au petit Palais en 1984 donnera lieu à de belles polémiques, sur fond de controverse entre partisans et opposants au retour en grâce de la peinture académique avec une hostilité quasi-générale de la presse mais avec un paradoxal succès public. Depuis cette exposition rétrospective la réputation de Bouguereau s'est progressivement améliorée. Aujourd’hui, plus de 100 musées à travers le monde exposent ses œuvres.

 

Sources :

Jacques Thuillier, professeur au Collège de France

Wikipedia

Bourgereau .org

 

 

 

Si vous voulez voir une grande sélection  des œuvres de William Bouguereau,  allez sur Internet où YouTube offre, à travers d’étonnants diaporamas, la possibilité de visiter virtuellement des collections de toute beauté.

douze œuvres, le reste de sa production étant localisée aux États-Unis.

LA RUE GEORGES ÉMONIN

 

Hommage à un des héros ordinaires de la Deuxième Guerre mondiale.  

 

A l’époque la rue s’appelait la rue de Béarn et les Émonin y habitaient.

Georges Émonin, sa femme Marceline, tout comme Léonce Vieljeux, Franck Delmas et d’autres rochelais encore, faisaient partie du puissant réseau de résistants Alliance fondé par Georges Loustanau-Lacau, Léon Faye et Marie-Madeleine Fourcade ("Hérisson") dès le début de l’Occupation. Alliance était l'un des plus actifs réseaux de renseignement de la Résistance, et comptait jusqu'à 3 000 membres, 100 postes émetteurs, et 1 liaison aérienne tous les mois avec Londres. C’était le plus important des réseaux dépendant de l'Intelligence Service britannique (IS) sur le territoire français.  D’abord implanté en zone sud, le réseau s'est étendu dans les zones occupées et interdites à partir de 1942.

Georges Émonin ("Cariama") était un radioélectricien.

 

À partir de septembre 1942, le réseau Alliance, qui disposait de plus d'une centaine de membres dans la ville, transmettait à Londres tous les mouvements du port de La Pallice.

 

Vers la fin de 1942, les autorités allemandes commençaient à faire le lien entre de nombreuses affaires d’espionnage découvertes en des points très divers du territoire français  et ont compris que ces liens touchaient le réseau Alliance. L’Abwehrstelle (AST), ou le service de contre-espionnage de la Wehrmacht, s’est chargé de mettre fin aux agissements du réseau.

 

Au début du mois d'août 1943, les Anglais demandent au réseau de leur fournir des cartes très précises du littoral et des défenses allemandes. Les différents groupes du réseau vont se mobiliser afin de réaliser une carte gigantesque par ses dimensions et sa minutie.

A l'automne 1943, des arrestations de résistants un peu partout et particulièrement le long de la côte atlantique portent de graves contrecoups au réseau Alliance. Mais le travail de renseignement continue. A la fin de l'hiver 1943-1944, une carte de plusieurs mètres de long est remise à Marie-Madelaine Fourcade.

Alliance se chargera du renseignement sur les sous-marins pour la bataille de l'Atlantique, transmet les informations sur les nouvelles armes mises au point par l'Allemagne, et arrive à communiquer à Londres les emplacements des bases de lancement. Mais en 1943, la pénétration d'un agent du poste Abwehr de Dijon provoque l'effondrement du réseau, alors que Marie-Madeleine Foucade ("Hérisson") est à Londres.

Début 1944, il ne reste plus que 80 agents actifs. A partir du mois de janvier Les arrestations tombent sur La Rochelle : Léonce Vieljeux, Franck Delmas, Georges Émonin, Jacques Chaperon, Franck Gardes, François Gravot et Yann Roullet sont arrêtés. Le 29 avril, Georges, Marceline, leur fils Max, âgé de 17 ans, et les autres membres du réseau sont dirigés vers Strasbourg puis transférés par camion à Schirmeck, "un camp de redressement initialement destiné aux Alsaciens et Mosellans réfractaires au régime nazi. Mais il reçoit en fait des prisonniers d'un peu partout, au hasard des sorts individuels, de l'évolution des lois répressives et de l'arbitraire nazi".  

 

Tous les hommes, sauf Max, sont enfermés au block 10 (le block des "terroristes du réseau Alliance") et marqués avec les lettres "NN" (Nacht und Nebel - Nuit et Brouillard – donc destinés à être exterminés sans laisser de trace).  "Ils portent des vêtements provenant du vestiaire des disparus, barrés de larges coups de pinceaux (croix dans le dos, traits sur les manches et les pantalons) avec les lettres NNpeintes en rouge dans le dos afin de bien les identifier et les surveiller".

Les femmes, quant à elles, également désignées NN se trouvent au "garage", bâtiment qui servait à l’origine de remise pour les voitures.

Max restera à Schirmeck jusqu’au 21 décembre puis il sera dirigé sur Dachau ensuite transféré à Sachsenhausen le 18 janvier 1945 et enfin admis à l’hôpital de Weilburg où son oncle le retrouve gravement blessé au mois de juin 1945.

"Les hommes aussi bien que les femmes n’ont pas le droit de sortir de leurs quartiers, ne peuvent entrer en relation avec aucun des autres détenus (qui eux, quand ils ne sont pas au travail, ont l’autorisation de circuler à l’intérieur du camp), et ne peuvent recevoir ni lettre, ni colis. Leur présence doit être gardée secrète". Ils sont déjà plongés dans la nuit et le brouillard.

En tout, 108 membres du réseau Alliance se trouvent emprisonnés au camp de Schirmeck.

Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, une camionnette amène 107 détenus du réseau, par petit groupe, au camp de concentration de Natzwiller-Struthof, le seul sur le territoire français, situé à 6 km de Schirmeck. Tous, hommes et femmes, sont exécutés d’une balle dans la nuque et leurs cadavres brûlés ensuite dans le four crématoire. Un témoin va subsister, le docteur Lacapère du réseau du Lavandou : isolé, gardé à Schirmeck comme médecin du camp, il voit ses amis partir.

 

Photo trouvée parmi  les  dossiers des Allemands à avoir survécu

                              à la destruction lors de l’abandon du camp fin 1944.

Sources :

Google: L'organisation du réseau Alliance, et le Mémorial des Déportés de France - FMD - Paris; Editions Tirésias

Le Mémorial de l’Alliance édité par l’Association du réseau Alliance

L’Arche de Noé, Marie-Madeleine Fourcade, Fayard, 1968

 

 

L’EGLISE SACRE CŒUR DE LA GENETTE

 

 Les débuts du quartier de La Genette

 

Le quartier de La Genette a commencé à se construire vers la fin du XIXe siècle. Jusqu’à là, les espaces situés à l’ouest de la ville faisaient partie de la paroisse de Saint-Maurice.

 

Dans la première moitié du siècle, quelques parcelles sont loties à proximité du Mail en raison de l’attrait des Etablissements des Bains de Mer (Marie-Thérèse, Richelieu …). Mais, l’événement marquant est le creusement, en eaux profondes, du port de La Pallice à partir de 1881. Une ouverture vers l’ouest devient impérative et à partir de 1886 les choses s’accélèrent : les remparts autour de la ville sont percés, l’avenue Guiton  est prolongée vers la ville et la tracée de l’avenue Leclerc ira jusqu’au niveau de la place de Verdun  Les espaces situés à l’ouest des remparts de la ville vont maintenant donner naissance à un quartier bâti sur des zones longtemps marécageuses, parsemées de domaines dont les noms sont conservés jusqu’à nos jours : La Genette, l’Épine, La Pépinière .... Au début du XXème siècle, le quartier compte 1600 habitants dans une ville qui compte 33.000.

 

 

La construction de l’église est lancée

 

Depuis la suppression de l’église de St Maurice à la Révolution et la fermeture de celle de St. Jean du Pérot en 1878, le secteur dispose pour tout lieu de culte d’une petite chapelle construite à St Maurice en 1877 (grâce aux efforts du Général Dumont) pour honorer les soldats de la guerre de 1870.

 

La création d’une nouvelle paroisse est décidée et confiée en août 1892 à l’abbé Eutrope Richou, alors âgé de 27 ans, qui va se consacrer à sa mission : faire édifier une église à La Genette. En 1894, un terrain est cédé à la ville par une généreuse donatrice, Madame Bernard, (qui le tenait elle-même du Général Dumont), et l’abbé convainc le Conseil Municipal, présidé alors par Mr Alcide d’Orbigny, de financer la réalisation, (décision du 4 février 1896). La conception de l’ouvrage est confiée à l’architecte de la ville, Mr Pierre-François Corbineau et les vitraux à la maison Champigneulle. Pour des raisons financières, le projet initial est maintes fois modifié mais l’abbé Richou est bien l’homme de la situation et déploiera toute sa détermination, son énergie et surtout son esprit d’entreprise pour le mener à bien.


Achevé provisoirement, l’édifice est inauguré par le Maire, Mr Alcide d’Orbigny, et béni par l’Evêque, Mgr Bonnefoy, le 7 octobre 1900. Toutefois, la consécration de l’église n’interviendra que beaucoup plus tard, le 15 novembre 1921.

 

Ce sera, à La Rochelle, le dernier chantier municipal d’une église.

 

L’architecture

 

Pierre Corbineau a conçu un édifice qu’il qualifie lui-même de "style roman", mais où se voient certaines nouveautés : voûtes bombées travée par travée, colonnes de granit bleu, et surtout le dôme à écailles du clocher qui s’inspire des œuvres alors fort en vogue de l’architecte bordelais Paul Abadie (1812-1884), et dont la plus célèbre est bien sûr le Sacré-Cœur de Montmartre, à Paris. "Plus proche de l’église de la Genette, l’église Sainte-Marie de la Bastide à Bordeaux a probablement servi de modèle à Corbineau".

 

 

Dans le but de mettre en valeur sa nouvelle église, l’abbé Richou s’occupera aussi de l’environnement de l’église. Il est à l’origine du percement de la rue Michelet en incitant les propriétaires à céder un peu de leur terrain. Ensuite, il était question de fournir des cloches à son église.  La ville fit construire le beffroi de charpente, qui était prévu initialement pour recevoir quatre cloches, mais qui n’en accueillera finalement que trois : le bourdon, béni en 1901, la deuxième en 1918 et la troisième en 1921.

 

 

La consécration

 

Enfin tout fut prêt pour la consécration de novembre 1921. Le mobilier n’était plus celui, très sommaire, des débuts ; on avait achevé de sculpter les larges corbeilles des chapiteaux ; la nouvelle chaire était en place et bénie ; les vitraux de l’abside, très endommagés par l’explosion de l’usine Vandier en 1916, refaits au frais de la ville.

 

"La cérémonie ne durera pas moins de quatre heures, reprenant tout l’antique rituel des consécrations : le prélat fait trois fois le tour extérieur en aspergeant les murs avec l’eau lustrale ; il demande l’ouverture des portes en frappant les vantaux de sa crosse ; il trace du bout de celle-ci les alphabets grec et latin sur la cendre répandue sur le sol ; il marque chacun des piliers avec le saint crème".

 

"Au terme de cette journée mémorable, l’abbé Richou pouvait estimer avec satisfaction avoir accompli sa mission".

 

 

 

Sources :

Antoine Després

M. l’abbé Yves Blomme  In Situ  Revue des Patrimoines

                                   La Genette 1900 - 2000

LE COLLÈGE SAMUEL DE MISSY - LA RUE DE MISSY

 

Un collège et une rue de La Genette qui rendent hommage à un homme, armateur et commerçant, dont le parcours aussi personnel que professionnel a marqué l’histoire de La Rochelle.

 

Samuel de Missy (Samuel, Pierre, Joseph, David, de Missy, 30 octobre 1755 - 20 octobre 1820) était un commerçant et un armateur, originaire de la ville de La Rochelle. Il s'est enrichi en vendant des vêtements aux navires et aux expéditions en partance pour les Antilles, en particulier Saint-Domingue où les armateurs rochelais possédaient des plantations.

Il fut, de 1776 à 1782, volontaire dans la compagnie des volontaires de Port-Louis (Ile de France), revint à la Rochelle où il s’établit, et se montra favorable aux idées nouvelles. Bien qu'il fût un acteur du commerce triangulaire et profitant de la traite négrière, il contesta la légitimité de l'asservissement des Africains dans les colonies françaises, et rejoignit la Société des amis des noirs1. Ses prises de positions abolitionnistes lui causèrent de nombreux soucis à La Rochelle : ville qui prospérait en grande partie grâce au commerce triangulaire. Il a finalement dû renoncer à ses idées, de craintes de représailles et de l'impact négatif sur l'économie rochelaise en cas d'abolition de l'esclavage.

Il est devenu Député à l'Assemblée Nationale Constituante en 1789 et de l’an XII à 1815. La traite négrière a disparu au cours des années 1790 et le dernier navire négrier rochelais, le Saint-Jacques a été capturé en 1793. Au mois de février 1794 le Comité de Salut Public proclama l’abolition de l’esclavage.

Après sa première session à l’Assemblée nationale de Missy revint à la Rochelle où il remplit différentes fonctions militaires ainsi que des fonctions administratives : administrateur de l'hospice général de la Rochelle, maire de la Rochelle, assesseur du juge de paix, conseiller général et sous-préfet de la Rochelle de l'an X à l'an XII.

Le 27 brumaire an XII, le Sénat conservateur le choisit comme député de la Charente-Inférieure au Corps législatif, et lui renouvela ce mandat le 2 mai 1809.

Président de canton, de juillet 1803 à janvier 1813, ses services lui valurent les titres de chevalier de la Légion d'honneur et de chevalier de l'Empire. Après la chute de Napoléon, il se rallia à la Restauration, fut nommé conseiller municipal de la Rochelle le 21 février 1815, et président du collège électoral de la Rochelle, le 2 août suivant. Il ne fit pas partie d'autres législatures et mourut à La Rochelle en 1820 à l’âge de 65 ans.

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

 

1.La Société des Amis des Noirs s’est fondée en France en 1788. Elle se compose de nobles " libéraux", anglophiles, gens de lettres, de juristes et aussi de plusieurs financiers d’envergure, comme Clavière, le premier président. Un peu plus tard les rejoint l’abbé Grégoire qui apportera à la cause le soutien le plus long. Consciente du danger social et économique d’un renversement soudain de l’esclavage, la société vise à en préparer progressivement la suppression. Sans être subversive, la Société des Amis des Noirs, remet cependant en cause les intérêts acquis, ceux des grands planteurs des colonies et des armateurs de la métropole, qui l’accusent de collusion avec l’Angleterre.

 

Le cachet de la Société

 

La Société des Amis des Noirs choisit, dès sa fondation, l’emblème de la société abolitionniste de Londres pour cachet: un Africain nu, chargé de chaînes, un genou à terre pour demander la liberté. Toutefois, la société française réduit délibérément la devise anglaise signifiant " Ne suis-je pas un homme et un frère" à "Ne suis-je pas ton frère ?".

 


Jeanne III d'Albret, née le 16 novembre 1528 à Saint-Germain-en-Laye, fut reineJeanne III d'Albert de Navarre de 1555 à sa mort. Nièce du roi de France François 1er, elle fut élevée sous son autorité à la cour de France. Après la mort de François Ier en 1547, Jeanne épousa à Moulins, le 20 octobre 1548, Antoine de Bourbon, "premier prince du sang". Ils eurent cinq enfants dont Henri d’abord roi de Navarre sous le nom d'Henri III, puis également roi de France sous le nom d'Henri IV.

 

C’est le fils de François 1er, Henri II qui va imposer un époux à Jeanne contre la volonté de ses parents. Tout comme son père, le roi veut s’assurer que le petit royaume des Pyrénées ne tombe pas un jour dans le camp espagnol. Il faut savoir que les Albret, outre la Navarre et le Béarn, possèdent également le comté de Foix et un vaste territoire s’étendant des Landes à l’Agenais, du Périgord à la vicomté de Limoges.

 

 

Le 25 mai 1555, elle succède à son père sur le trône de Navarre qu'elle gouverne conjointement avec son mari. Fidèle à l'esprit de sa mère, elle favorise l'implantation de la réforme protestante, mais rechigne encore à l'idée de rompre avec l’Église catholique à laquelle elle reste encore attachée. Dans le domaine des affaires extérieures, elle chercha en vain à obtenir la restitution de la Haute Navarre que les Espagnols avaient annexée en 1512.

 

C’est au cours de l'année 1560 qu’elle passe au protestantisme. Jusqu'à cette date, elle s'était montrée particulièrement prudente quant à afficher sa sympathie pour la nouvelle religion. C'est probablement sous l'influence de Théodore de Bèze, arrivé à sa cour, à Nérac, en août 1560 qu'elle se convertit. Sa rupture définitive avec le catholicisme devint officielle à Noël. À la même époque, son époux Antoine affichait sous l'influence de la cour de plus en plus ses préférences pour le catholicisme.

 

Par l’ordonnance du 19 juillet 1561, Jeanne autorise le calvinisme dans son royaume. Elle entame après la mort d'Antoine de Bourbon, en 1562, une série de mesures visant à implanter la Réforme en Béarn. Parmi elles, on compte la publication du catéchisme de Calvin en béarnais, et la fondation d'une académie protestante à Orthez. Une farouche opposition catholique se manifeste qui aboutit à ce que leur culte soit interdit et le clergé expulsé en 1570.

 

En 1568, elle prend la tête du mouvement protestant et emmène Henri de Navarre, son fils âgé de quinze ans, à La Rochelle que Jeanne administre dans tous les domaines, à l'exception des affaires militaires. Elle assure la communication avec les princes étrangers alliés, dont elle tente de conserver le soutien, surtout après la mort de Condé en mars 1569. Contrairement aux prévisions, le parti huguenot tient bon, et même après la défaite de Moncontour, Jeanne refuse de se rendre. Mais au début de 1570, elle doit s'incliner devant la volonté de négocier de ses coreligionnaires. Elle quitte La Rochelle en août 1571, pour revenir sur ses terres. Une fois la paix de St Germain signée, elle proteste à cause de sa mauvaise application.

 

Jeanne d’Albret va ensuite entreprendre de longues négociations à Paris, pour unir son fils Henri à Marguerite de France, la troisième fille de Catherine de Médicis. Elle doit cependant accepter une condition : Marguerite ne se convertira pas à la religion protestante. Le mariage doit avoir lieu le 18 août 1572. Cependant, Jeanne d’Albret n'y participera pas, elle meurt de la tuberculose le 9 juin 1572.

Dans l’histoire de la société et du pouvoir, dans celle de la Réforme française, mais aussi dans celle des Lettres, la reine de Navarre fait partie de l’escadron des femmes fortes qui donnent au XVIe siècle l’une de ses plus captivantes personnalités.